L’aventure d’une famille

L’envie de devenir pêcheurs de perles est née d’un coup de foudre avec l’île de Ahe. Elle était sur notre route alors que nous revenions chez nous à Tahiti après un tour du monde. Elle nous a ensorcelés et nous y sommes irrésistiblement revenus tous les ans.

En ce temps là, partir à Ahe, c’était partir au bout du monde, vers une île coupée du reste de la planète. Il fallait mériter ses vacances à Ahe : de Tahiti, à la voile, nous avions le choix entre naviguer plusieurs jours contre l’alizée du nord-est ou alors attendre le mauvais temps et les coups de vent du sud qui nous poussaient à gros renfort de méchants grains vers le nord. Mais une fois qu’on était dans le lagon, à l’abri du récif de Tenukupara (le village), c’était le lac, la récompense.

Le temps se figeait et les jours s’étiraient en parties de pêche miraculeuse, de pétanque, de javelot selon la mode de l’année. Il fallait faire le pain et le cuire au feu de bois. Parfois on transformait les kaus (speedboat à moteur) en voiliers lorsque la goélette oubliait de passer et que le village était à cours de carburant. Les villageois palabraient jusque tard dans la nuit sur le quai, insouciants, sans contraintes.

Nous étions assommés de soleil et de sel. Les enfants couraient toute la journée après les poissons et les crabes sur le récif, en bandes piaillantes à travers le village, libres comme l’air.

Aujourd’hui, Ahe est dotée d’un aéroport qui reçoit plusieurs vols par semaine, les villageois se sont mis à travailler pour ne pas être en reste de l’évolution vers le modernisme et l’enrichissement… les enfants ont grandi. Mais les souvenirs lumineux de leurs vacances de robinsons les ont marqués à jamais ; la vie citadine leur semble trop étriquée et les transforme en adolescents rebelles. Installés sur le motu de Tikahera aujourd’hui, ils tirent de ce lagon toujours si beau des perles dont l’orient et les nuances évoquent encore le souffle de liberté de leur enfance, les éclats de mer sur l’étrave du voilier et l’aventure sauvage. C’est pourquoi les gens qui portent ces perles emportent avec eux un peu de cette lumière.